OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Une tempête techno-magique ! http://owni.fr/2012/12/07/une-tempete-techno-magique/ http://owni.fr/2012/12/07/une-tempete-techno-magique/#comments Fri, 07 Dec 2012 10:11:17 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=127124

Bonjour et bienvenue dans l’antre magique de… “Vendredi c’est Graphism” !

Comme tous les vendredis, je pars à la découverte de la créativité et du design et cette semaine c’est sur la magie que je me suis arrêté ! Plus les technologies évoluent, moins nous comprenons en détail comment elles fonctionnent. Nous nous laissons donc parfois bercer par leur animisme, leur côté vivant, leur magie.

Magicien OpenSource

C’est sur ce postulat que le magicien Marco Tempest a décidé de nous faire rêver avec ses illusions. Depuis toujours, l’art de l’illusion fascine et les grands magiciens ont bien compris les ressorts de notre cerveau pour pouvoir le manipuler. Mais la magie évolue et innove grâce à Marco Tempest, cet illusionniste suisse vivant à New York. En dehors de faire des tours qui ne cessent de nous impressionner, il considère son travail comme de la “magie open source” car, sur Youtube, sur son Twitter et sur son Facebook, il révèle ses secrets aux grands public et aux communautés en ligne avant de passer à de nouveaux tours. Une sorte de politique créative de la terre brûlée !

Commençons par sa toute dernière création qui est passionnante. Marco nous raconte une histoire visuellement saisissante à propos de Nikola Tesla, qui est, n’ayons pas peur des mots, le plus grand geek qui ait jamais vécu. De son invention triomphante qu’est le courant alternatif  à ses derniers jours tristes et sans le sous, voici sa vie présentée du point de vue d’un magicien…

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les coulisses

De même, il n’oublie pas de publier sur les coulisses et les trucs de cette histoire.

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De la réalité augmentée magique

Certes, Marco Tempest adore les dernières innovations, les dernières applications, les écrans connectés mais n’oublions pas que tous les grands magiciens ont toujours été des amoureux de la technologie. Ainsi, ses expérimentations se jouent du réel et du virtuel à commencer par ce tour qu’il a réalisé pendant TED et où il manipule des cartes en réalité augmentée.

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Magicien social

Sur Twitter et Facebook, Marco Tempest discute et réagit beaucoup, il crée aussi énormément grâce aux idées des internautes et en profite pour les créditer au passage. De même, il partage le “code” de ses illusions et ses tours, que ce soit des applications pour iPhone, iPad ou même d’autres outils techno-centrés. Déjà à l’époque, lors de la sortie de l’iPhone, il paradait avec ses applications magiques et captivantes.

À la sortie d’un Apple Store, il y a cinq ans :

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Imaginaire, technologie & narration

Cette combinaison entre imaginaire et nouvelles technologies, Marco Tempest est le seul à la pratiquer de façon vraiment intensive. À 22 ans, le magicien suisse remportait déjà le New York World Cup of Magic, puis enchaînait quelques années plus tard sur une série télévisée intitulée “The virtual Magician”. Série qui sera diffusée dans des dizaines de pays à travers le monde. Cependant, il n’en oublie pas la poésie, la simplicité et la magie des écrans comme par exemple avec ce tour réalisé à l’aide d’ iPod Touch

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Une tendance qui va évoluer ?

Même si à l’heure actuelle l’outil et la technologie sont énormément mis en avant, je pense qu’à l’avenir nous allons obtenir des réalisations beaucoup plus simples où la technologie perdra sa place centrale au profit de l’histoire et du tour de magie en lui-même. Un exemple avec cette vitrine d’une boutique Hermès au Japon. Un simple écran, un carré de soie vendue par la marque et… regardez comme la magie opère.

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Histoire & techno-invisible

La technologie discrète, invisible au profit de l’histoire. Voici une démarche de magicien qui plaira sans doute aux designers… ou alors est-ce que ce sera l’inverse ? ;-)

En attendant, vous pouvez retrouver tous les tours de Marco Tempest sur son site, mais aussi découvrir ses petits camarades techno-magiciens comme Simon Pierro, Charlie Caper et Erik Rosale,  Galih Montana ou encore le projet Card2Phone !

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J’irai graffer sur ton wall http://owni.fr/2012/09/28/jirai-graffer-sur-ton-wall-vendredi-et-cest-graphism/ http://owni.fr/2012/09/28/jirai-graffer-sur-ton-wall-vendredi-et-cest-graphism/#comments Fri, 28 Sep 2012 09:11:00 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=121174

Bonjour et bienvenue sur Vendredi c’est Graphism ! :)

Il y a quelques semaines, cette vidéo a fait beaucoup d’émois avec 107 000 vues. Ironique et pleine d’humour, elle dénonce, critique, provoque les différents médias sociaux que nous utilisons. Ironique ? Oui, je l’ai justement vue publiée sur Facebook et sur Twitter. Ce film et cette peinture (réalisée en cinq jours) ont été réalisés au festival “GALORE”  de Copenhague, au Danemark, et se présente comme un time-lapse composé de plus de 9 000 photos.

#MyLifeSucks

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Son auteur témoigne :

Les gens me regardent comme si j’étais sur une autre planète quand je leur dis que je ne suis pas sur les médias sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram. Aux yeux des médias sociaux, je suis fortement dépassé, je suis perdu et pas connecté. En ne prenant pas part aux médias sociaux mentionnés ci-dessus je fais de moi un étranger pour la société qui sacralise ces médias sociaux. Je ne peux pas m’empêcher d’observer les gens autour de moi qui semblent être consommés et accro au fait de se tenir au courant des statuts de leurs amis sur les médias sociaux.

Nous vivons dans une vie au rythme ridiculement rapide où l’information est échangée si rapidement qu’il nous fait nous sentir inadéquat et détruit notre capacité d’attention.

Street-art déconnecté ?

Le street-art semble donc avoir une dent contre les réseaux sociaux ? En effet, la création street art repose sur la rue, sur les murs, le mobilier urbain, les arbres, que sais-je encore, mais se situe en général plutôt loin de l’écran (à quelques exceptions près comme le Graffiti Research Lab). Cependant, le graffiti n’a jamais été aussi reconnu et suivi par le grand public depuis l’avènement des réseaux sociaux. En effet, combien de fois sommes-nous surpris par un beau graff publié sur Instagram ? Une photo “Regarde le ciel” publiée sur Twitter ou encore un panneau détourné publié sur Path ?

En tous cas, les réseaux sociaux influencent le street art et ce ne sont pas les initiatives qui manquent. Par exemple, avec ces collages qui nous racontent Facebook dans la rue.

Facebook est dans ta rue


(source)

Dépendance culturelle

Ne nous voilons pas la face, nous passons peut-être, une deux trois heures – voire toute la journée – sur Facebook, et notre compte Facebook est souvent ouvert, même si la fenêtre est minimisée sur notre ordinateur. Accro à Facebook ? C’est sur ce constat que la street-artiste 2wenty, située à Los Angeles, dépeint graphiquement notre  dépendance culturelle aux médias sociaux. Sur l’affiche ci-dessous, on voit clairement un paquet de cigarettes marqué au doux nom de Facebook et aux couleurs du réseau social.

Je fais des oeuvres sur ce qui me tracasse [...] Les gens sont toujours sur Facebook au travail et même en marchant dans la rue. Je compare Facebook à la cigarette pour attirer l’attention sur nos dépendances culturelles. Mais voulons-nous vraiment cesser de fumer?

Bien que le travail 2wenty dénote d’une attitude pessimiste envers le réseau social, ce n’est pas vraiment la preuve que l’artiste de rue est anti-Facebook, en effet elle-même possède sa propre page Facebook dans laquelle elle publie régulièrement des messages et des liens vers son travail.

Des murs sur Facebook

D’autres oeuvres de rue, souvent anonymes, se présentent sous de nombreuses formes différentes comme des collages, des pochoirs, des graffitis, des autocollants ou encore des peintures. Les supports sont nombreux, les idées pour parler des réseaux sociaux aussi.

Tweet tweet tweet

Enfin, il n’y a pas que Facebook qui inspire les street-artistes. Comme le montre la vidéo du festival GALORE en début d’article, Twitter est également source d’inspiration. Pour le colleur d’images Jilly Ballistic, c’est l’opportunité d’attirer l’attention du citoyen et d’aller contre le trop plein de publicité en faisant “court”, très court. Ci-dessous, il colle donc un tweet publié par lui-même, @JillyBallistic, avec pour simple message: “S’il vous plaît continuez à ignorer cette publicité. Merci.” Ce tweet collé restera affiché pendant plusieurs jours sur l’abribus M15 à St Allen & St Stanton, à New-York.


(source)

Questionmarc

Un autre artiste du nom de “Questionmarc” s’xprime sur les murs les d’un bâtiment en mettant en avant le petit oiseau de Twitter (l’ancienne version, pas la nouvelle). Son tweet ? “Just bombin’ a wall” est très simple et je serais ravi de voir jusqu’où il pourrait aller avec ce petit oiseau et ces tweets.

Et les mèmes dans tout ça ?

Enfin, les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à inspirer les street-artistes, en effet la culture Internet n’est pas en reste avec cet exemple ci-dessous réalisé par Thierry Jaspart, en Belgique. Il a décidé de réaliser une fresque mettant en scène nos amis connus d’Internet, j’ai nommé Rage Faces, Pedobear, Long Cat, Keyboard Cat, etc.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le street-art et les réseaux sociaux font finalement bon ménage

Enfin, pour conclure il se trouve que tant que le street-art existera, il perdurera sur les réseaux sociaux, sur Twitter, Instagram, Path, Facebook, Pinterest, que sais-je encore. Ainsi, j’ai décidé de vous faire une petite liste par réseau, de là où vous pouvez dénicher des oeuvres de street-artistes :-)

Sur Twitter

Sur Facebook

Sur Pinterest

Sur Instagram

Excellente fin de semaine et à la semaine prochaine !

Geoffrey

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Vendredi c’est Graphism ! http://owni.fr/2012/07/13/vendredi-cest-graphism-typographie-affiche-science/ http://owni.fr/2012/07/13/vendredi-cest-graphism-typographie-affiche-science/#comments Fri, 13 Jul 2012 09:11:06 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=116149

Allez, on commence la semaine avec un peu de poésie qui va sûrement adoucir les moeurs ! Pour beaucoup, la poésie est un peu démodée alors que c’est une immense part de la culture, notamment de la culture orale.  Mais pour l’ensemble de nos satellites, du progrès ou des prouesses de la biotechnologie, c’est une chose qui n’a que peu d’importance. Heureusement, le Conseil des arts anglais et la BBC ont publié un nouveau projet appelé 60 ans en 60 poèmes. Conçu par « Faber & Faber » et « Somethin ‘Else », cette plate-forme multimédia en  HTML5 saura, je l’espère, vous faire apprécier le dernier demi-siècle en matière de poésie.

Ici, la poésie est présentée sous forme d’un texte en ligne, de photos, de visualisation graphique du son, et de lecture. Beau et riche en données, on appréciera également la forme d’onde circulaire avec ce bouton de lecture en son centre. Vous allez ainsi pouvoir explorer année par année, ou thématique par thématique, l’ensemble sera beaucoup plus moderne que les textes présentés mais le tout est fait avec goût.

poesie La visualisation de la poésie en HTML5 ! :)

source

On continue avec cette animation étonnante réalisée par Joshua Catalano, un talentueux motion designer de Nantes ! Voici donc son illustration animée et musicale d’un lamento. Un lamento est un morceau de musique à caractère plaintif. De même, on parle de lamento tragique pour un texte littéraire mêlant les registres tragique et pathétique. Joshua retranscrit ainsi ces émotions planantes..

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Merci Jérémy

Et voici sous vos yeux ébahis… le kit de survie du designer !

Le symbolisme des couleurs , celui des formes, le design d’une carte de visite et même les idées qu’il faut avoir, tout a été mis dan ce «Kit de Survie du designer » ! Cet élégant kit dans sa boîte en bois a été conçu par une équipe de designer à l’école Massey de l’Université d’Auckland. Réalisé par Josephine Ross, étudiante en design et son professeur Eric Thompson, le kit a notamment été créé pour les designers néo-zélandais qui souhaitent voyager en Asie afin de les familiariser avec certaines coutumes.

survival Le kit de survie du designer !

source

En français, il y 28% des lettres utilisées à l’écrit qui ne se prononcent pas. Mais comment représenter ces lettres muettes? Quelle forme prennent-elles quand vous les sortez du silence ? Peut-on utiliser le code informatique comme un outil pour répondre à ces questions? “Silenc” essaye de donner un sens à ces lettres muettes et d’offrir une visualisation de ces lettres muettes en danois, anglais et français.

Ce projet, réalisé par les étudiants Momo Miyazaki, Manas Karambelkar et Kenneth Aleksander Robertsen est assez simple mais efficace. Ces étudiants ont imprimé des textes dont les lettres “silencieuses” apparaissent en rouge et, lorsque vous regardez ce texte avec un film rouge, les lettres disparaissent. C’est sur les oeuvres de Hans Christian Andersen que le travail a été réalisé lors d’un cours de design d’interaction à l’Institut de design d’interaction à Copenhague.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Ceci aura été l’excellente nouvelle de la semaine, il s’agit de “Pop Labs graphique” qui au travers d’un voyage éducatif, nous enseigne tout ce que nous avons besoin de savoir sur la typographie ! L’ensemble est présenté sur une affiche très élégante et qui met en avant ​​la structure alphabétique dans toute sa splendeur. Cette amorce alphabétique sur les merveilles de la typographie nous ouvrira les yeux sur les empattements, les crochets, les signes diacritiques, les ligatures, et plus encore.

À noter que chaque tirage est numéroté et signé par les artistes. Précieux !

source

On termine avec une petite vidéo pleine de couleurs et de mouvements ! Vous connaissez peut-être ma passion pour la science et pour les sciences en général. Oui, il m’arrive de sourire quand je tombe sur un cycle de krebs ou des équations. L’imaginaire de la science me plait beaucoup également et c’est ce qui m’a touché dans le travail Tony Zagoraios pour le documentaire sur « l’Academic and Scientific Excellence ». Cette séquence d’ouverture très agréable à regarder, tout est fluide s’enchaîne bien et rempli de détails généreux à observer.

À noter que Tony Zagoraios est un motion designer de Grèce et il travaille en freelance à Athènes. Ses projets ont été sélectionnés et primés dans de nombreux festivals à travers le monde. Pour ce projet là, Tony Zagoraios a travaillé avec l’illustrateur Stavros Kypraios, le réalisateur Apostolos Nikolaidis et Ted Reglis ainsi que Renos Papastavros pour le design sonore ! Un travail d’équipe qui contentera nos yeux.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Par avance… désolé ! Voici LA vidéo WTF de la semaine avec un chat, un univers tout rose et une modélisation 3D à faire pâlir les graphistes ;-) Le travail est signé par caviar.ws, Takumi Shiga et Toru Sasaki pour la musique. C’est félin, c’est chic, mais c’est surtout terriblement WTF !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et oui, c’est terminé pour cette semaine, mais je vous invite, pour cet été, à vous rendre à Lyon pour découvrir Géographie parallèle par Marc Jurt et Michel Butor ! À Paris, chez Colette, vous pourrez aussi voir le travail de dessin de Clo’e Floirat, une artiste française qui se veut à la fois architecte, dessinatrice et critique d’art, ou encore si vous passez en Suisse, à Genève, rendez-vous absolument à la HEAD, la Haute Ecole d’Art et de Design de Genève pour voir cette expositions de jeux conçus par des jeunes développeurs suisses et des étudiants de master Media Design.

Allez, bonne route graphique et bon week-end !

Geoffrey

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Vendredi c’est Graphism’ http://owni.fr/2012/03/23/vendredi-cest-graphism-culture-design/ http://owni.fr/2012/03/23/vendredi-cest-graphism-culture-design/#comments Fri, 23 Mar 2012 10:11:34 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=103168 "Vendredi c'est graphism", parce que, il faut bien le reconnaître, pour progresser dans l'existence il est préférable de s'adjoindre les services d'un guide, d'un gourou ou alors d'un machin rigolo qui chaque vendredi réfléchit joliment le monde. Affaire de caractère. ]]>

Hello les ptits loups !

Ça y est, nous sommes vendredi, le jour du poisson, du chiffre treize, de Robinson, ou encore “c’est demi!” comme le disait Desproges. Mais depuis deux ans, le vendredi, sur OWNI, c’est le jour du graphisme, du design, de la créativité. Au menu de notre revue semaine, l’explication de l’importance du financement de la culture par l’État, des objets tout blanc, un mini clip pour un grand livre, de la visualisation de données, une petite dose de Dieter Rams et de la visualisation de wireframe de sites internet. On terminera sur un WTF aux toutes petites mains ! :-)

Allez, on commence notre revue avec LA vidéo de cette semaine, simple, efficace, pour preuve, je l’ai regardée jusqu’au bout ! Grâce à ce court métrage, vous allez comprendre en 4 minutes pourquoi l’État français doit continuer de financer la culture avec un petit ou un grand C.

Résumé :

« Le journal Le Monde nous gratifie cette semaine d’une belle étude graphique sur les bienfaits économique de l’investissement culturel. Pour amener le débat dans cette période éléctorale, Le Monde nous démontre 3 grands principes économiques qui argumentent la valorisation de la Culture par le gouvernement. En sociologie, on considère la culture comme ce qui est commun à un groupe d’individus et comme ce qui le soude. Effectivement et sous bien des apsects, La culture est le Trésor d’une société. » [source]

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

“Brand Spirit” est un projet vraiment intéressant d’un point de vue conceptuel mais aussi d’un point de vue purement forme pour exercer son oeil. Chaque jour, et pendant 100 jours, Andrew Miller va peindre en blanc un objet de marque et enlever ainsi tout logo ou tout signe visuel apposé. L’objet est ainsi réduit à sa forme la plus pure, son esprit initial. À noter aussi que chaque objet coûte moins de 10 dollars et que notre ami Andrew prend toujours un objet qu’il possède ou quelque chose qu’une autre personne lui donne. Le résultat est calme, apaisant et pourtant, on reconnait presque toujours les objets, les marques.

source

Toujours cette semaine, j’ai eu la chance de découvrir cette fabuleuse version illustrée des aventures d’Alice au pays des merveilles. Illustré par la célèbre artiste japonaise Yayoi Kusama, ce livre sorti récemment chez Penguin Books au Royaume-Uni est présenté dans la vidéo ci-dessous. Une vidéo qui promeut un livre, c’est rare, mais une vidéo comme celle-ci, c’est une première ! À noter qu’un extrait du livre est disponible sur le site de Penguin Books !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

source

On continue notre vendredi avec ce travail graphique qui explore la relation entre les mots et les années. Dessinée par Toril Johannessen, cette série d’images sérigraphiées en grand format met en lumière les liens entre l’apparition et la fréquence de certains mots dans un contexte temporel. Une série de graphiques qui sont basés sur des publications de recherche de revues universitaires. Vous l’aurez donc compris, Toril Johannessen n’a pas choisi ses mots au hasard et les relations entre « logique & amour », « espoir & réalité » ou encore « chance & destin », sont d’autant plus belles qu’elles sont présentées dans le temps, et donc, dans l’esprit d’une société, d’une époque. Voilà le résultat :

years Du graphisme pour représenter la crise, lamour, la logique, la chance ou encore les miracles !

source

Cette interview, pas toute nouvelle mais toujours actuelle, est ressortie récemment pour son aspect éducatif sur le design. Dieter Rams, né le 20 mai 1932 à Wiesbaden, est un designer industriel allemand contemporain, étroitement associé aux produits de la société Braun et aussi à son appartenance à l’école fonctionnaliste du design industriel. Un immense designer donc, qui aura inspiré très largement Jonathan Ive, le designer d’Apple.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Merci Tom

Toujours cette semaine, je souhaitais vous présenter Wirify, un outil pour designers, développeurs ou bidouilleurs. Cet outil pratique, simple et gratuit va vous permettre de prendre un peu de du recul pour voir les sites web différemment et vous concentrer ainsi sur la structure des pages. Wirify cache donc le contenu et représente ainsi le site web sous forme de wireframe, comprenez, de petits blocs gris !

wiri1 Transformez tous les sites internet en wireframes avec Wirify !

source

Et le WTF de cette semaine est plutôt étrange! Intitulé “One Tiny Hand” (“une petite main“) ce site internet (un tumblr) a été créé par Zach Vitale, un jeune homme qui s’applique à manipuler sur Photoshop des photos de stars pour les doter d’une… toute petite main ! Aucune critique sur un quelconque handicap, le travail de Zach est là pour questionner, pour attirer l’oeil sur un “détail” de la photo, et pour regarder différemment ces “stars” que nous pensions connaître. Mais… pourquoi ces petites mains !?

source

Et voilà, Vendredi c’est Graphism c’est déjà terminé, j’aurais également pu vous parler de cet atlas de la microédition, de l’exposition du sculpteur catalan Jaume Plensa, ou encore de l’exposition « OBEY PROPAGANDA » avec Shepard Fairey, mais non non non, je voulais tout simplement vous laisser avec le travail graphique doux et délicat de Tien-Min Liao, une belle réponse au WTF de cette semaine en quelque sorte :)

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Bon week-end ;-)

Geoffrey

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http://owni.fr/2012/03/23/vendredi-cest-graphism-culture-design/feed/ 1
[INTERVIEW] Gonzales : musique, ego. http://owni.fr/2010/10/27/interview-gonzales-musique-ego/ http://owni.fr/2010/10/27/interview-gonzales-musique-ego/#comments Wed, 27 Oct 2010 08:48:30 +0000 Nathalie Leruch http://owni.fr/?p=27419 LaTeleLibre.fr est une web TV francophone lancée à l’initiative du journaliste et documentariste John-Paul Lepers. Elle propose une multitude de sujets sur des thèmes variés, parmi lesquels la musique.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Gonzales, vous le connaissez forcément , mais vous ne le savez peut-être pas encore. Ce musicien canadien, parisien d’adoption, est devenu en quelques années une entreprise internationale à lui tout seul.

Pianiste virtuose, compositeur de musiques de films, arrangeur et producteur ultra-talentueux pour de nombreux artistes (Feist, Mocky, Peaches, Christophe Willem, Daft Punk,  Katerine, Jane Birkin, Jamie Lidell, Charles Aznavour  et récemment Abd El Malik pour son nouvel album « Chateau rouge » qui sortira le 8 novembre), Gonzales est régulièrement  sollicité par des monuments (Björk , David Bowie).  Il est aussi détenteur du Guiness Live record du concert solo le plus long du monde (plus de 27 heures, le 20 mai 2009,  au Ciné 13 théâtre à Paris). Ce grand garçon fantasque  et boulimique d’expériences nouvelles, est aussi comédien, scénariste et entertainer. Il vient même de s’essayer à la web série dans le rôle d’un producteur égocentrique et déjanté « Superproducer ».

Gonzales qui a passé plusieurs années à Berlin en immersion dans la scène electropop allemande, a connu son premier grand succès en France avec son album  jazz et instrumental « Piano solo » en 2005. Son talent de mélodiste n’a pas échappé aux oreilles de la pub  (B for Bank) qui vient encore de lui emprunter l’un des thèmes de son dernier album « Ivory Tower »  pour lancer l’iPad d’Apple. Gonzales est un caméléon insatiable en constante transformation. Du coup il change aussi souvent de casquette que d’identité. Né Jason Beck à Montréal en 1972, il s’est appelé successivement  Gonzo, Gonzales, et depuis quelques mois il s’est encore rebaptisé Chilly Gonzales. « Ivory Tower » est aussi le titre du film qu’il vient d’écrire, de jouer et de produire, un film réalisé par Adam Traynor que l’on pourra voir prochainement en salles en France.

Nous avons profité de son furtif retour  entre deux dates de tournée mondiale pour le rencontrer chez lui, à Paris. Une interview  intime, réalisée par deux fans assez transies, dont une québécoise originaire de Montréal ou Gonzales est clairement une star. Un statut que les français pourraient rapidement lui accorder à leur tour.

Texte : Nathalie Leruch et Pélagie Harbour / Image : Pélagie Harbour / Montage : Etienne Broquet

Contenu initialement publié sur LaTeleLibre.fr

Crédits photos : FlickR CC Music Like Dirt; THE Funky Man

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http://owni.fr/2010/10/27/interview-gonzales-musique-ego/feed/ 1
L’infographiste se dissout dans le web http://owni.fr/2010/05/12/linfographiste-se-dissout-dans-le-web/ http://owni.fr/2010/05/12/linfographiste-se-dissout-dans-le-web/#comments Wed, 12 May 2010 16:38:29 +0000 Pierre-Alexandre Xavier http://owni.fr/?p=15100 Pour une majorité de gens, l’irruption du web dans la vie courante reste circonscrite à des usages relativement mineurs qui s’ajoutent aux médias existants. Mais pour certaines populations professionnelles, l’émergence de la société numérique sonne la fin d’une époque. Cette société numérique, dont les contours restent flous, secoue le monde des médias traditionnels de convulsions diverses. Une grande part des secousses touche, voire révolutionne, les statuts des uns comme des autres, qui journaliste, qui technicien, qui opérateur, qui entrepreneur…

Les définitions de qui est qui et de qui fait quoi sont fortement remises en question. L’infographiste, sorte de cheville ouvrière et souvent discrète, du monde des images et de l’information souffre au premier plan de cette redistribution des rôles, de la métamorphose des attributions et plus généralement de la disparition pure et simple de sa fonction.

L’infographiste est-il encore d’actualité dans l’univers de la communication numérique et plus particulièrement dans les dispositifs de mise en image et de matérialisation des supports de communication et d’information ?

La question mérité d’être posée à l’heure où les logiciels de composition et de traitement de l’image se dématérialisent radicalement et où la période créative et féconde des débuts de l’infographie fait place à une nouvelle ère de gestion de documents et d’utilisation de gabarits pré-fabriqués.

La société de la créativité cède le pas à la société de l’usage.

Là où les logiciels et les fonctions professionnelles invitaient à la création des images, du texte ou des compositions typographiques, on voit fleurir des banques de données, ou plutôt des bases de contenus, riches en volume comme en qualité, proposant pléthore d’éléments disponibles pour toutes les sortes d’usages.

Il y a quelques années encore, l’infographiste jouait un rôle central, sans pour autant obtenir la reconnaissance ou le salaire correspondant à cette fonction. Bien souvent et à son insu, il ou elle était la pièce maîtresse d’un dispositif de production visuelle reposant essentiellement sur ses capacités créatives. Les plus doués prenaient souvent le large, optant pour l’indépendance professionnelle.

L’infographie, discipline hybride, bricolée, à mi-chemin entre la typographie, la composition et le dessin de rough, symbolisait la victoire du numérique sur les techniques traditionnelles de production de documents. Capable de manipuler des logiciels de traitement de l’image et de la composition graphique, l’infographiste s’imposait comme l’articulation incontournable de la mythique chaîne graphique.

L’émergence de plate-formes éditoriales collaboratives

La sophistication des outils de recherche, puis la production absolument prodigieuse de toutes sortes de documents de référence, ont littéralement dissout l’infographiste dans l’océan numérique du web 2.0. L’explosion du savoir, de la mémoire collective et de la culture ont tué l’intermédiation nécessaire de l’infographiste. Plus besoin de lui pour fabriquer un document de communication. Plus besoin de lui pour composer ou articuler un message. Plus besoin de lui pour entretenir une relation professionnelle avec des prestataires d’impression ou de diffusion numérique.

En seulement quelques années, la fonction d’infographiste déjà mise à mal par tous ceux qui vivaient sur son dos s’est réduite à peau de chagrin. Il n’a concrètement plus rien à offrir qui ne peut être produit par des gabarits, des masques graphiques, des « templates », des « skins »… des modèles de documents créés à moindre frais et à l’attention du plus grand nombre par des infographistes à usage unique, virtuellement jetables.

Dans ces conditions, l’infographiste est-il encore un poste nécessaire dans un dispositif de production de contenu ?

La réponse immédiate est non.

A l’instar de nombreux autres postes des chaînes graphiques ou des chaînes audiovisuelles, la fonction d’infographiste n’était une étape dans la constitution d’outils souples, accessibles, disponibles à tout moment, ne nécessitant que peu de compétence technique. Il était simplement plus pratique de confier, pour un temps, à un élément autonome la création et l’exécution graphique des documents de communication. Ce temps est révolu.

Au travers d’un jeu d’applications et de plate-formes éditoriales collaboratives, les communicants ont maintenant accès à une panoplie d’outils performants, calibrés, prêt à l’emploi, pratiques. Ces outils proposent des modèles de documents et des gabarits correspondants aux attentes, souvent pauvres et sans ambitions esthétiques, qui caractérisent les demandes du plus grand nombre.

Tous infographistes !

Désormais, il n’est plus besoin d’être infographiste pour composer des documents propres, simples ou élaborés, conventionnels ou extravagants. Une foule d’outils et de modèles donne l’illusion de la maîtrise du texte, des images et de leur agencement. S’il est vrai que l’on puisse faire l’économie de l’infographiste, peut-on pour autant faire l’économie de l’infographie ?

Cette fois la réponse est non.

La disparition de l’infographiste ne signifie pas l’extinction de la discipline. Cette dernière subit une profonde mutation pour glisser davantage du coté du code informatique. Cependant elle continue de s’articuler sur de solides bases de dessin, de règles typographiques, de principes de complémentarité de couleurs et d’organisation des informations et des signes dans l’espace. L’infographiste saute, mais pas la lecture, un exercice millénaire en extension constante qui profite de l’avènement de la société numérique.

La conséquence de cette extinction relativement rapide est la baisse générale de la qualité de la communication aussi bien textuelle que graphique. La plupart des utilisateurs de ces nouvelles plate-formes éditoriales ne sont pas ou très peu formés aux règles élémentaires de la typographie, de la composition, de la sélection d’images ou de leur traitement. Les besoins de formation dans le domaine vont aller croissants dans des proportions encore jamais égalées.

Dans un registre analogue, l’émergence des plate-formes d’édition et des outils dématérialisés est semblable à l’introduction massive de la machine à écrire dans les services administratifs et dans les entreprises au siècle dernier. Mais cette fois les besoins ne sont plus seulement techniques, elles sont également culturelles. Il s’agira donc d’intégrer aussi bien les paramètres techniques (contraintes, règles, usages), mais aussi les pratiques tant professionnelles que sociales. Cet apport pédagogique ne peut provenir que des professionnels des secteurs concernés et non de professionnels de la formation.

Une révolution radicale mais discrète

Ce billet survole une révolution en cours. Les infographistes vont disparaître sans aucun doute possible dans les prochaines années. Ils sont déjà supplantés par des spécialistes de l’informatique des réseaux et de la diffusion en ligne peu ou pas formés à l’univers esthétique et codifié d’infographie. C’est sur cette dernière et son évolution vers une discipline composite et plus structurée que dépend la qualité des documents de communication des prochaines décennies.

Les infographistes étaient peu nombreux comparés à la horde d’utilisateurs qui attendaient de pouvoir fabriquer par eux-mêmes les documents dont ils ont besoin. Les prochaines étapes de cette révolution reposent également sur la volonté et surtout la perspicacité des entreprises à changer leurs pratiques et à percevoir les besoins en formation de leurs collaborateurs.

Faute de dynamique vertueuse de la part des entreprises, concernées au premier plan par la disparition de l’infographiste, ce sont les géants de l’informatique et spécialisés en infographie qui détermineront la nature, la forme et le type de communication. Ce ne seront pas leurs outils, dont j’ai déjà parlé ici, qui forgeront la communication de demain mais bien les modèles, les « templates », qu’ils mettront à la disposition des utilisateurs.

L’exemple le plus frappant de cette stratégie payante est l’outil de présentation de Microsoft, Power Point. xCombien de présentations laides, insipides et mortellement ennuyeuses ont-elles été créées au travers des modèles indigents proposés par cette application ? Des millions tous les ans ! Cette profusion lamentable est une forge de mauvais goût et de destruction du plus élémentaire sens esthétique. C’est contre cela que devront lutter les entreprises, les studios d’arts graphiques et les écoles et organismes de formation en communication et en nouveaux médias.

En dématérialisant les outils et les relations, le web a dissout l’infographiste. C’est certain. Mais la question qui se pose maintenant est de savoir s’il va dissoudre également l’infographie…

[Crédit Illustrations : CC - Pierre-Alexandre XAVIER / CC - Joe Mc CARTHY / CC- Mentat Kibernes]

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Le droit d’auteur est-il une notion périmée ? http://owni.fr/2010/04/27/le-droit-dauteur-est-il-une-notion-perimee/ http://owni.fr/2010/04/27/le-droit-dauteur-est-il-une-notion-perimee/#comments Tue, 27 Apr 2010 10:40:08 +0000 Guillaume de Lacoste http://owni.fr/?p=13702 Alors que la guerre est engagée entre Google et les éditeurs et qu’elle s’étend aux photographes, il est temps de reconsidérer à neuf la notion même de propriété intellectuelle.

Les domaines de la culture, des savoirs et de l’information sont bouleversés. Il y a le piratage, massif dans la musique, le cinéma, le jeu, la photographie et les journaux, embryonnaire mais en pleine expansion dans le livre. Il y a le développement stupéfiant du contenu généré par les utilisateurs sur internet, avec les blogs, les wiki et les applications dites Web 2.0. Il y a les multiples initiatives de Google pour rendre accessibles tous les contenus de manière structurée, dans la presse, l’édition, la musique, la vidéo, les images… Il y a le monde du logiciel libre, dont l’ampleur et le sérieux rivalisent avec le logiciel propriétaire.

Face au déferlement de ce nouvel univers numérique, les représentants des secteurs économiques concernés n’ont qu’une réponse, mais absolue : le droit d’auteur. Depuis les discours des organisations professionnelles et du Ministre de la culture, jusqu’aux deux lois Hadopi qui veulent apporter une solution opératoire, tous s’accrochent au droit d’auteur comme à un dogme. C’est ce dogme que je veux interroger d’un point de vue pragmatique.

Rappel sur le droit d’auteur

La propriété intellectuelle est une construction juridique récente. Elle apparaît à la Renaissance, se répand à la fin du XVIIIe siècle et trouve sa formalisation complète avec la convention de Berne de 1886. Depuis cette époque, le principe est établi, et les développements ultérieurs n’ont été que des aménagements.

Le fond du droit d’auteur est simple : la loi attribue à toute personne un droit de propriété incorporelle sur les œuvres de l’esprit qu’elle crée. Ce droit porte non sur les idées, qui restent libres, mais sur leur expression. Certes, la distinction est toujours délicate entre une idée (un poète provincial candide monte à Paris pour y trouver la gloire, et devient un journaliste retors) et son expression dans une œuvre déterminée (Les Illusions perdues), mais la jurisprudence a su s’y retrouver, et cette règle apparemment très théorique s’applique bien.

L’invention juridique de la propriété intellectuelle a permis l’essor des industries culturelles à partir de l’imprimerie, sans empêcher la libre circulation des idées. Ainsi le droit d’auteur est-il entré dans les mœurs, en dépit de son caractère conventionnel.

Comment le droit d’auteur fonctionne-t-il ? Il se divise entre un droit moral et un droit patrimonial. Le droit moral tient dans le respect de l’intégrité de l’œuvre et du nom de son auteur. Le droit patrimonial concerne l’exploitation commerciale de l’œuvre ; il se subdivise entre le droit de reproduction et le droit de représentation.
Le droit de reproduction est assez évident, puisqu’il s’agit de la copie. Il est aisé de déterminer si une réplication est abusive, qu’il s’agisse d’un plagiat ou d’une exploitation non autorisée de l’œuvre.

La représentation est une notion beaucoup moins claire. Elle devait couvrir la lecture publique et la représentation dramatique. Tant qu’il s’agit de roman, de poésie ou de théâtre, on s’y retrouve. Mais dès qu’on entre dans le domaine des idées, avec les essais ou les manuels d’enseignement, ce droit pose un problème d’usage.

Le droit de représentation à l’épreuve de l’enseignement

Un professeur qui suit de près un ouvrage pour donner un cours en fait une représentation. Ce n’est pas le cas lorsque l’enseignant développe un commentaire neuf à partir d’une œuvre, car il y a alors création au sens où l’entend la jurisprudence, mais il suffit d’avoir été étudiant pour savoir combien les cours originaux sont rares… De plus, lorsque le cours est basé sur un manuel, la représentation est évidente, puisque c’est le principe même de ce type de livre. Or cette représentation n’est pas expressément autorisée. Au regard de la loi, il s’agit donc chaque fois d’une infraction, aggravée par le fait que l’enseignant en tire une rémunération.

Il existe dans tous les systèmes juridiques des exceptions pédagogiques, mais elles concernent l’usage d’extraits, et non de pans entiers de livres ; et elles doivent être compensées par une rémunération. Cette deuxième condition n’étant jamais remplie, rien ne permet la pratique commune de l’enseignement.

Les écoles et les universités sont ainsi, depuis que le droit d’auteur existe, le lieu d’un piratage massif sur lequel auteurs et éditeurs ont toujours fermé les yeux, alors qu’ils étaient en droit de réclamer des contreparties financières sur tous les cours calqués sur des livres. Le photocopiage dans les établissements d’enseignement, qui a suscité tant d’émois et qui a finalement été régulé, n’était que le pendant visible de ce qui se passe dans les salles de cours et les amphithéâtres. Les droits de représentation auraient dû être traités en même temps, mais la fraude était moins facile à établir, faute de preuves matérielles.

Longtemps, cette inadéquation de la notion de droit d’auteur à l’enseignement est restée inaperçue car elle n’affectait pas les modèles économiques des éditeurs. Aujourd’hui que de très nombreux cours sont accessibles en télédiffusion sur internet, ce phénomène a gagné en ampleur au point de menacer l’édition universitaire. Il ne faut pas en accuser les technologies de l’information : la faille était d’origine dans le droit de la propriété intellectuelle, qui est inadapté à la transmission des savoirs.

Reformer le copyright pour les savoirs : les licences Creative Commons

Les licences Creative Commons, qui se répandent depuis quelques années, notamment avec le projet Wikipedia, donnent un cadre juridique à la pratique habituelle de l’enseignement (voir sur creativecommons.org). Le principe de ces licences est de permettre la libre diffusion d’une œuvre, en ne régulant que le droit moral, c’est-à-dire le respect de la personne de l’auteur et de son intention.

Par exemple, l’auteur peut autoriser la diffusion de son œuvre à la condition de mentionner sa paternité, de ne pas la commercialiser et de ne pas en faire des œuvres dérivées (c’est alors une licence Attribution Non-Commercial No Derivatives, abrégée cc by-nc-nd). Il peut également en autoriser tous les usages librement dans la mesure où les productions dérivées respectent les mêmes conditions de licence (Attribution Share Alike, cc by).

Les licences Creative Commons constituent une grammaire du droit d’auteur, à partir de quatre catégories de base : mention de la paternité, autorisation ou non d’en faire des œuvres dérivées, obligation ou non de diffuser ces œuvres dérivées aux mêmes conditions, autorisation ou non à des tiers de faire une exploitation commerciale de l’œuvre. Ces licences partent du principe que les œuvres de l’esprit doivent circuler librement tant que le droit moral des auteurs est sauf, ce qui les distingue radicalement du copyright, qui vient du présupposé contraire, à savoir que les productions intellectuelles ont vocation à être commercialisées.

Concrètement, le cadre juridique élaboré par les licences Creative Commons semble plus pertinent que le droit d’auteur comme principe général de droit pour les savoirs. Son succès croissant en l’absence de toute incitation tend à le prouver.

Ainsi, les licences libres, comme le copyleft ou les licences GNU et BSD, qui sont très utilisées dans le domaine du logiciel, peuvent s’exprimer dans les catégories des Creative Commons. Elles sont des expressions de cette approche.

Mais le droit d’auteur n’est pas mis à mal uniquement avec le droit de représentation dans le domaine de l’enseignement.

Le marché de l’occasion, lieu de non-droit d’auteur

Le dispositif de la propriété intellectuelle souffre de plusieurs faiblesses structurelles issues de son caractère conventionnel. Cette propriété repose sur une abstraction première, qu’on oublie souvent mais qui est pourtant la clé de voûte du système : le droit de propriété est attaché à l’œuvre de l’esprit indépendamment de ses supports matériels. “La propriété incorporelle est indépendante de la propriété de l’objet matériel.”

C’est pour cette raison que, si on veut utiliser une photographie qui n’est pas encore tombée dans le domaine public, il faut en demander l’autorisation non au propriétaire du cliché ou des négatifs, mais aux ayants-droits du photographe. Le droit incorporel n’est pas attaché à la chose mais à l’acte créatif de l’auteur.

Le même principe fonde le “droit de suite“, qui permet au créateur d’une œuvre d’être intéressé à la cession de l’original, par exemple quand le propriétaire d’un tableau le revend.

Dans les faits, cette règle souffre une exception notable mais peu contestée : le marché de l’occasion. S’il est permis de revendre le papier d’un livre ou la galette d’un CD, il est théoriquement interdit de céder en même temps l’accès à l’œuvre ainsi contenue. Le client d’un bien culturel d’occasion devrait payer le propriétaire du support, d’une part, mais aussi verser un droit de suite aux ayants-droits de l’œuvre, d’autre part. Or il n’en est rien, et tout se passe pour le marché de l’occasion comme si le droit d’accéder à l’œuvre était inclus dans le support matériel.

Encore une fois, cette inadéquation du droit de la propriété intellectuelle à la réalité des échanges n’a pas posé de problème tant que les modèles économiques des principaux professionnels de la culture restaient viables. Les revenus des ventes couvraient largement le préjudice potentiel. Mais les possibilités de reproduction des œuvres ont changé la donne et manifesté une autre limite latente du droit d’auteur : l’objet donne non seulement l’accès à l’œuvre mais aussi le moyen de la transmettre, et désormais à grande échelle.

Le problème juridique du téléchargement


Pour compléter ce tableau des insuffisances de la notion de propriété intellectuelle, il faut encore s’arrêter sur le moyen principal de circulation des œuvres de l’esprit aujourd’hui : le téléchargement. Ce procédé, quoique neuf, est maintenant le plus utilisé de tous. Or il n’entre pas dans les catégories du droit d’auteur.

En effet, la distinction fondatrice entre reproduction et représentation est impuissante à rendre compte du téléchargement, qui est à la fois l’un et l’autre de manière totalement imbriquée. Le téléchargement est une reproduction (d’un support électronique sur un autre), mais elle passe par une télédiffusion (un réseau), et la télédiffusion fait partie du droit de représentation. Comment arbitrer cette réalité ? Les autorités fiscales considèrent le téléchargement non pas comme une reproduction (qui ouvrirait droit à la TVA à taux réduit pour les livres) mais comme un service ; les autorités fiscales allemandes jugent le contraire…

Cette nouveauté fait imploser les catégories juridiques qui permettaient de réguler le droit d’auteur, et met à mal tous les contrats existants. Les juristes s’en sortent par une inflation de codicilles pour tenter de cerner une notion qui échappe au droit actuel, mais la valeur juridique de ces constructions contractuelles reste à prouver.

C’est précisément dans ce flou légal que Google prend place avec beaucoup d’audace. Faute de réponses juridiques claires à ces nouvelles problématiques et faute d’alternative robuste, il est possible que ses initiatives finissent par infléchir la conception actuelle du droit d’auteur. Les jurisprudences le diront, sinon les usages.

L’impossibilité d’un droit national

Les plateformes de publication (telles les blogs), les sites de partage de fichiers (MegaUpload, Hotfile et leurs concurrents) et les sites de lecture en flux (streaming) redessinent les usages culturels au niveau mondial. Or le droit de la propriété intellectuelle s’appuie sur le maillage des législations nationales, qui sont impuissantes à intervenir pour mettre un terme à la reproduction de masse des œuvres de l’esprit qui se déroule par delà toute frontière.

Les procès spectaculaires intentés dans certains pays contre quelques-uns des ces sites (Google aux États-Unis et en France, MegaUpload en Allemagne) ne concernent qu’une portion infime des reproductions illicites à travers le monde. Pire, ils durent beaucoup trop longtemps pour être une réponse adéquate à un phénomène aussi rapide. Le temps de juger ces infractions ici ou là, elles se seront répliquées ailleurs par de nouveaux procédés, qui nécessiteront une nouvelle jurisprudence.

Internet est trop vaste et fluide pour les tribunaux. La réponse juridique est inadaptée à la réalité ; leurs étendues ne sont plus commensurables. On n’arrête pas une inondation avec des joints d’étanchéité.

La matérialité des œuvres permettait de tenir le droit immatériel

Après avoir passé en revue plusieurs failles dans le dispositif du droit d’auteur tel qu’il a été conçu dans l’esprit des Lumières, il est temps d’en venir à ce qui a réellement changé et qui mine cette notion juridique.

Le droit d’auteur s’appuie sur un principe clé : il s’agit d’un droit incorporel, indépendant des supports matériels. Or il y a là un paradoxe. C’est le fait que les œuvres soient prises dans des objets matériels (livres, disques, tableaux…) qui permet de faire valoir ce droit incorporel. Aujourd’hui, grâce à la numérisation, les œuvres se libèrent des supports ; il n’est plus possible alors de protéger le droit d’auteur.

Dit autrement, le démembrement de la propriété d’un objet – entre sa possession et le droit de propriété incorporelle qui y est attaché – fonctionnait tant qu’il était purement théorique et abstrait. Maintenant que ce démembrement peut se réaliser, la propriété incorporelle en devient impuissante. Le droit d’auteur était une construction intellectuelle pure, il devient une notion caduque.

La numérisation fait apparaître la réalité du droit d’auteur. C’était la matérialité du support qui permettait de tenir l’œuvre et de l’affecter à un droit de propriété incorporelle. Avec l’informatique et la possibilité de copier à l’infini un fichier dans un temps infime, nul support n’est plus capable de contenir la diffusion des œuvres.

Or plus un droit de propriété concerne quelque chose de matériel (un objet, un terrain), plus il est évident à tous et aisé à faire respecter ; a contrario, plus la chose devient intangible (comme une part sociale), plus il lui faut l’appui de la loi pour en maintenir la propriété, mais il doit toujours rester des éléments physiques pour la manifester (comme la participation à l’assemblée générale pour les détenteurs de parts sociales). Quand ces signes tangibles s’estompent, le droit qu’ils représentaient tend à perdre sa réalité aussi. C’est ce qui arrive au droit d’auteur avec la numérisation des œuvres.

Aujourd’hui, les tribunaux sont la seule force pour faire respecter ce droit qu’aucune borne physique ne protège plus ; mais la démultiplication mondiale des copies par les réseaux rend impossible la traque des contrevenants. La propriété intellectuelle semble de plus en plus un abus de droit parce qu’elle était purement conventionnelle, que de moins en moins de personnes en acceptent la légitimité, et qu’elle tient désormais par la force contre les mœurs.

Au résultat, dans son principe, le droit d’auteur tel qu’il a été défini depuis le 18e siècle est devenu inadéquat et peu opérant, en fait un concept périmé.

La création des œuvres de l’esprit avant l’âge moderne

Si le droit d’auteur venait à disparaître, faut-il craindre la fin de la création intellectuelle, comme le redoutent et le clament les professionnels des industries de loisir ? La réponse à cette objection se trouve sans peine, puisque le droit de la propriété intellectuelle est récent. Il suffit de se reporter aux époques antérieures.

Dans le domaine des idées, comment Platon, Sénèque, Érasme, Descartes, Kant et tous les savants ont-ils produit leurs essais ? Dans le domaine des lettres, comment Homère, Euripide, Virgile, Chrétien de Troyes, Ronsard, Molière et tant d’autres ont-ils écrit leurs livres ?

Pour les idées, la plupart étaient professeurs, précepteurs ou bien encore conseillers des grands, et tiraient leurs revenus de ces activités. Pour les hommes de lettres, comme pour les compositeurs, leur rémunération venait des représentations pour les dramaturges et les musiciens, ou alors de mécènes qui accolaient leur nom aux œuvres qu’ils parrainaient. La création en fut-elle de moindre qualité ? De toute évidence, non.

Si on y regarde de plus près, on remarque que les revenus des auteurs provenaient non pas de la reproduction de leurs œuvres, mais de leur représentation auprès d’un public. Qu’il s’agisse des leçons d’un maître, des avis d’un conseiller, des pièces de théâtre ou des chansons d’un poète, on rémunérait l’auteur à sa prestation, et les écrits n’en étaient que la mémoire figée.

Les pratiques contemporaines commencent à rejoindre ces usages antiques : les musiciens vivent de leurs concerts et non plus de leurs disques, et de plus en plus d’acteurs de cinéma font des apparitions dans des publicités ou au théâtre. Une telle évolution n’est pas anodine.

Comment rémunérer la création ?

L’argument du financement de la création, qui est tant brandi par les défenseurs du droit d’auteur, doit être évalué à l’aune de ce qui revient effectivement aux créateurs. Dans les faits, 99,9 % des auteurs perçoivent des sommes dérisoires, sinon nulles, du fait de leurs publications.

La majorité des créateurs n’attend pas d’être payée pour écrire, composer, inventer. Ils le font selon un mouvement intérieur et tâchent ensuite d’en tirer le meilleur bénéfice, quand cela est possible.

Parallèlement, l’investissement consenti par un éditeur pour la publication d’un livre, ou par une maison de production pour un disque, est généralement faible ; le gros des frais va à la promotion, quand il y en a. Sauf pour les films, très rares sont les cas où la création d’une œuvre est tributaire d’une mise de fonds importante en amont.

D’autre part, cette mise de fonds ne nécessite pas le régime du droit d’auteur pour rentrer dans ses frais. Pour l’édition, le cas de la publication de textes anciens retrouvés en apporte la preuve. Pour le cinéma, la circulation abondante de vidéos pirates dès la sortie des films n’empêche pas leur rentabilisation non plus.

Ce qui doit être rémunéré, et qui peut l’être encore en dépit des reproductions de masse, c’est de donner au public un accès adapté et vivant aux œuvres. On retrouve ici la représentation, non plus comme un accessoire du droit d’auteur mais comme le pivot de l’activité intellectuelle. La raison en est simple : les pensées et les émotions se communiquent ainsi, par la rencontre des esprits.

Quels sont alors les modèles économiques disponibles ? Pour les savoirs, on l’a vu, la réponse existe. La rémunération peut se faire à la prestation : de conseil pour l’expert, d’enseignement pour le professeur, etc.

Pour la fiction, la question est plus délicate. La représentation in situ ne peut concerner que le théâtre. Le seul vrai modèle économique viable est le mécénat, comme ce fut longtemps le cas.

En réalité, le mécénat se pratique toujours, dans les films, les chansons et les jeux vidéo, et il commence à toucher le roman. Sa forme contemporaine est le placement de produits : l’apparition programmée d’un produit ou d’une marque dans une œuvre. C’est même une source importante de revenus pour l’industrie des loisirs. La publicité finance déjà la radio et la télévision, et, par ces médias, les œuvres qu’ils diffusent ; le placement de produits en est une approche plus subtile, qui permet à l’annonce d’intégrer l’œuvre et de circuler avec elle.

Les mécènes d’aujourd’hui ne sont plus les familles riches mais les annonceurs et les groupes de pression. Le mécénat est toujours le fait des puissants de l’époque ; seules les modalités de la puissance évoluent…

Dans cette configuration, le créateur serait rémunéré sous forme d’honoraires ou de salaire par le producteur ou l’éditeur ; et ce dernier n’aurait plus le monopole sur l’œuvre, mais uniquement la primeur. Une telle organisation modifierait assez peu les pratiques qui ont cours pour les créations ; elle supprimerait juste le monopole qui s’ensuit, donc les rentes de situation des industries de loisir et de quelques ayants-droits, très peu nombreux en fait. Ce faisant, elle obligerait même à davantage de créativité de la part de ces industries, afin de se maintenir dans la durée.

La créativité n’est pas menacée par le recul du régime de la propriété intellectuelle. Du droit d’auteur, seul le droit moral est vraiment important, au titre du respect dû aux personnes. Les droits patrimoniaux font de moins en moins sens, à mesure que la dématérialisation progresse. Rien ne sert de s’y accrocher à tout prix : le droit d’auteur était une invention juridique récente, il a fait son temps, il peut passer. L’esprit demeurera sans lui.

rédacteur : Guillaume DE LACOSTE LAREYMONDIE, Critique à nonfiction.fr. 

> Article initialement publié sur nonfiction.fr

> Illustrations CC par Giuli-O et 917press

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Star Wars Uncut : un mash-up délirant http://owni.fr/2009/10/05/star-wars-uncut-un-mash-up-delirant/ http://owni.fr/2009/10/05/star-wars-uncut-un-mash-up-delirant/#comments Mon, 05 Oct 2009 17:42:26 +0000 Media Hacker http://owni.fr/?p=4246 Le projet initié par Casey Pugh , qui a l’air d’être pas mal allumé, consiste en la récréation du premier volet de la saga de Lucas par des fans.

Star Wars : Uncut, c’est 473 scènes de 15 secondes, toutes reproduites par environ 500 amateurs, avec les moyens du bord. Certains se prennent au sérieux, d’autres préfèrent adopter un ton parodique mais tout le monde bidouille : figurines légo, détournements d’objets à n’en plus finir, vieux effets spéciaux, moins vieux effets spéciaux …

Au vu de la bande-annonce qui suit, l’ensemble risque d’être foutraque et chaotique, mais tellement original et rafraîchissant : une allégorie de la créativité sur le web ?

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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Hadopi, 3000 jours trop tard http://owni.fr/2009/05/01/hadopi-3000-jours-trop-tard/ http://owni.fr/2009/05/01/hadopi-3000-jours-trop-tard/#comments Fri, 01 May 2009 18:17:09 +0000 Sylvain Zimmer http://owni.fr/?p=657 Pour comprendre pour quel Internet a été pensée la loi Hadopi, il faut revenir seulement 3000 jours en arrière. Un disque dur de 15 Go coûtait 100 euros. Les réseaux peer-to-peer n’étant pas encore cryptés, on pouvait rêver de les contrôler un jour. Je n’avais que 16 ans à l’époque, mais je me souviens encore du peu de gens dans la rue qui portaient des écouteurs. Forcément, l’iPod n’existait pas. Wikipedia, Facebook et YouTube non plus. Trois des sept sites les plus fréquentés aujourd’hui, tous gratuits.

Que s’est-il passé entre-temps qui a échappé aux créateurs de l’Hadopi ? L’innovation. Des géants sont nés dans les garages de quelques auto-entrepreneurs et ont révolutionné l’accès à la culture en la rendant gratuite pour tous. On peut les accuser d’avoir fait chuter les ventes de CD, mais déjà à 16 ans je savais que je n’en achèterais aucun de ma vie. Cela ne m’a pas empêché de dépenser plus de 8.000 euros depuis en places de concerts. Le marché de la musique se transforme, mais globalement ne cesse de grossir.

Nous passons d’une économie de stock où le mélomane était limité par son “budget CD” à une économie de flux où la valeur ne se situe plus dans la musique elle-même (car elle est numérique, donc illimitée, donc gratuite) mais dans ce qu’elle représente : la relation entre un artiste et ses fans. En 2008, la meilleure vente de musique en ligne sur Amazon a été un album de Nine Inch Nails, un groupe qui distribue pourtant sa musique gratuitement et légalement par ailleurs. Qu’ont donc acheté ces gens ? Certainement pas la musique elle-même. Comme les millions d’autres qui l’ont écoutée gratuitement, ils sont devenus fans, l’ont streamée, partagée sur Facebook ou ailleurs, l’ont recommandée à leurs amis qui à leur tour ont acheté places de concerts, coffrets collector et autres produits ou services dérivés. Tous les jours, des milliers d’artistes, de Radiohead aux autoproduits, comprennent ce qu’ils ont à gagner dans la diffusion gratuite. La fidélité accrue de leurs fans crée de la valeur.

Soyons cyniques : peut-être que la loi Hadopi servira à accélérer cette transformation de l’économie culturelle, cette éducation des artistes au monde numérique. Quand arriveront les premières lettres recommandées, les premières coupures d’internet, quel cadeau pour le gratuit et légal ! Quelle remise en question pour l’artiste se rendant compte que c’est la punition automatique de ses fans qui a privé un foyer d’accès à Wikipedia !

Plus concrètement, comme les lois LCEN et DADVSI qui l’ont précédée, on se rappellera (ou pas) d’Hadopi comme d’une loi inapplicable dès son premier jour, imaginée pour une économie et des technologies déjà dépassées. Un gaspillage de temps et d’argent que le gouvernement aurait certainement mieux fait de consacrer à des lois plus pertinentes en faveur de l’environnement ou des auto-entrepreneurs.

Car ce sont eux qui aujourd’hui préparent, clavier à la main et iPod à l’oreille, ce que sera Internet dans 3000 jours. Quand l’industrie musicale existera toujours mais ne vendra plus de disques. Quand télécharger un film prendra moins d’une seconde. Quand 200 ans de musique tiendront dans la poche. Quand une nouvelle génération d’artistes n’aura ni email ni ADSL mais un compte Facebook et une connexion internet sans fil permanente. C’est pour ce siècle là, pas pour le précédent, que nous devons penser la culture.

Article publié dans Le Monde, 12 Avril 2009.

Sylvain Zimmer a fondé la plateforme de téléchargement gratuit et légal Jamendo.com en 2004, à 19 ans. Elle rassemble à ce jour 18.000 albums en provenance de 70 pays et emploie 25 personnes.

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